Manipuler l’Histoire : nous voler notre identité

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Des conséquences pratiques

Cette manipulation a aussi des conséquences pratiques. Nous sommes ainsi parfois conviés à détester les agissements de nos ancêtres et sommes élevés dans la détestation de notre Histoire, lorsqu’on ne nous sommes pas de faire des actes de repentance collective. Mais il y a aussi des conséquences pratiques économiques, par le biais de versement de dédommagements de guerre et l’Historien est alors comme l’expert de l’assureur chargé de définir combien le vaincu – celui qui ne maîtrise plus la narration – devra au vainqueur. L’existence-même d’Etat est dépendante de ces versements, sinon leur création provient de cette narration comme on a redécoupé l’Europe en 1815, en 1918, en 1945 ou qu’on a installé des colonies juives en Palestine sous prétexte d’une vieille falsification de textes qu’on appelle la Torah et qui sert aujourd’hui d’acte de propriété grotesque auquel les grandes puissances font semblant de croire.

En quoi manipuler l’Histoire empêche la culture d’échapper aux constructivistes faussaires ? Est-ce que l’ensemble des théories alternatives, complotismes ou manipulationnismes qui apparaissent (surtout sur Internet) sont une forme de réponse spontanée à ces tentatives séculaires de maintenir les êtres humains dans l’ignorance ou de créer des narrations officielles qui tiennent plus du roman que de la vérité historique, fût-ce avec des appareils critiques et des notes de bas de page ? Sommes-nous contraints d’être pris en étau entre les faussaires et les ignorants, des forgeurs de mensonges et des affabulateurs involontaires qui se dépatouillent au milieu des bouts de mensonges et des morceaux d’Histoire rétablie, mal liés par une imagination débordante et impossible à réorganiser dans un grand tout ? Si cela était vrai, si les faussaires avaient perdu la main et qu’il leur fallait la reprendre, nous allons vers (ou sommes dans) un chaos informationel dans lequel nous pouvons imaginer que des bureaux de faussaires, les uns étatiques, les autres privés ou confessionnels, mélangent vraies et fausses informations pour nuire à la partie réelle en l’associant à des choses fantaisistes, ou diffusent un flot toujours plus grand de faussaires et d’idiots utiles de l’erreur qu’on laisse dire n’importe quoi ou qu’on aide même à dire des bêtises en les flattant et en leur offrant parfois les moyens de continuer leur ‘œuvre’… Et ce jusqu’à ce que les gens, perdus, se réfugient dans la consultation de sites “labelisés” et le plus souvent étatiques qui offrent aux populations, à défaut de la vérité, une narration unifiée et utile pour ceux qui veulent faire carrière, c’est-à-dire qu’importe ce qu’ils pensent de la fausseté de l’Histoire qu’on leur raconte, ils savent qu’on attend d’eux qu’ils fassent semblant de la croire, l’ânonnent pendant leur scolarité, ne disent rien de différent ensuite, et agissent comme s’ils adhéraient intimement ?

Dans tous les cas, même si l’édition numérique offre de nombreux avantages sur le papier, il parait important de garder le plus possible de textes sous forme papier. D’une part, parce que nous ne savons pas si une prochaine guerre provoquant de fréquentes coupures d’électricité, ne nous laisse pas totalement démunis tant nous sommes devenus dépendant d’elle et nous coupant de tout savoir si nous ne pouvons plus allumer nos appareils numériques. D’autre part parce qu’il nous garder quelque chose de fixe dans un monde liquide. La connaissance des manipulations de photographies ou de textes au XXe siècle, tant de la part des grands services secrets occidentaux que sous l’URSS, chose qu’avait généralisée George Orwell dans 1984 en imaginant des bureaux étatiques consacrés à la réécriture permanente de l’Histoire doit bien nous rappeler le caractère plus que probable de cette possibilité.

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