Emissions télévisées qui résument l’affaire

“Faites entrer l’accusé”

https://www.youtube.com/watch?v=YMWQ3ZvcZ10

L’affaire Grégory, 30 ans après, un film de Serge Garde et Karl Zéro + entretien avec S. Garde (2014)

Entre 3/4 23:45 et 4/4, 12:00, Tepa et Serge Garde abordent le cas de l’affaire Grégory / Villemin.

Quelques éléments

Le juge Jean-Michel Lambert et l’affaire Grégory dans les archives de l’INA (1984)

Une phrase m’a frappé, comme Bernard Pivot, dans l’entretien de J.-M. Lambert donnée lors de l’émission Apostrophes du 10 avril 1987 : « Un crime qui ne regardait peut-être pas la justice des hommes » (29:00).

Un entretien avec le juge Simon (1989)

Cet entretien du 10 septembre 1989, me pose beaucoup de questions. Apparemment le juge Simon ne voulait pas parler et le journaliste d’une chaine La Cinq (possédée par Silvio Berlusconi, mafioso et organisateur de soirées avec des mineures), a réussi à obtenir cet entretien ; j’en comprends que le journaliste est mandaté par un réseau profond puissant, que le juge le sait et doit se soumettre à un interrogatoire public dans lequel il va dire qu’il sait tout, mais qu’il ne peut rien dire et qu’il ne dira pas la vérité. J’en conclue que tout l’entretien consistait à faire dire au juge, avant même le procès, qu’il allait jouer le rôle auquel il était contraint pendant toute la durée des débats sans tenter d’acte de rébellion. C’est notamment comme ça que j’interprète le regard de haine que le juge Simon lance au journaliste lorsque celui-ci veut le pousser jusqu’au bout dans l’hypocrisie :

— Je dois quelque chose à quelqu’un.

— Au petit.

Alors que le juge doit sûrement parler de lui-même, de son engagement dans la justice alors qu’il comprend que le Sytème est pourri jusqu’à l’os et qu’il tente de faire éclater la vérité malgré lui, afin que le réseau ne puisse le lui reprocher et se venger. Sa seule chance de faire éclater l’affaire est donc d’organiser la possibilité qu’elle lui échappe et que les prévenus (moins Laroche qu’on a réussi à faire taire en le faisant assassiner par un autre, sans se salir les mains ni prendre de risque) soient jugés. Cette hypothèse éclaire ainsi ce que dit le juge. Je vais tenter de traduire en langage vrai ce qui se dit dans l’échange entre le journaliste envoyé du réseau et le juge tenu par le Système :

Interl.Ce qui est ditCe qu’il faut entendre
J. Simon(0:33) C’est gênant de vous répondre et d’avoir l’air de dire, “je suis en train de traiter une affaire exceptionnelle”. Mais je pense en toute objectivité que c’est une affaire exceptionnelle. 
Paul LefevreUne énigme exceptionnelle.Voyons juge, faites semblant que l’affaire est compliquée, si vous dites trop ouvertement que le cas est clair comme de l’eau de roche, on va se poser la question du hiatus entre ce que vous savez et ce que vous dites, et les gens vont comprendre que vous êtes tenu par votre hiérarchie… les gens vont réfléchir, ça va être dangereux…
JSOui, vraiment. Imbécile, tu sais que ce n’est pas une énigme.
PL(…) Est-ce que vous connaissez le meurtrier ? 
JSJe ne peux pas vous répondre.Bien sûr, connard !
PLEst-ce qu’il est possible de connaître le meurtrier ?Est-ce qu’il est possible de connaître le meurtrier ?
(Allez démerde-toi avec cette question avec laquelle tu dois jongler pour que le hiatus ne soit pas trop visible.)
JSC’est mon rôle.Evidemment, mais il n’est pas possible de le dire.
PLUne affaire exceptionnelle comme ça peut-elle déboucher sur un mystère qu’on ne pourra jamais connaître ? 
JSJe crois que tout doit être entrepris pour trouver. Il n’est pas possible de laisser dans les annales judiciaires une affaire qui a tellement préoccupé l’opinion (…), sans réponses. Alors on me fait souvent le procès d’être lent, de faire durer interminablement en me prêtant parfois des intentions assez désagréables : on dit que je fais durer pour éviter que Jean-Marie Villemin ne soit jugé. Ce n’est pas vrai.Je vais essayer de faire en sorte que les accusés craquent et avouent sans qu’on ait l’impression que c’est moi qui les y ai poussé. Je vais essayer de faire en sorte que la vérité se sache et que je ne sois pas obligé de vous couvrir. Les Villemin craqueront, j’y arriverai.
PLDe toute façon il sera jugé. 
JSOui, il sera jugé de toute façon, il n’y a pas de problème, mais il sera jugé dans un contexte bien précis, qui sera de toute façon éclairé au maximum. Par conséquent, ça peut être aussi bon que redoutable pour lui. Je sais que vous le tenez et qu’il ne pourra rien dire, mais je gagnerai ce jeu de dupe.
PLL’opinion publique a l’impression que le secret de l’instruction cache le temps perdu. Est-ce qu’on a perdu du temps dans cette affaire ? 
JSNon, je ne peux même pas dire ça.Non, non, le juge Lambert a bien compris qu’on se moquait de lui et il a bien fait tout ce qu’il fallait pour qu’on croie qu’il veut arriver à la vérité alors qu’il n’en a pas l’autorisation des Maitres…
PLC’est compliqué au point que ? 
JSNon, on n’a pas perdu du temps. Personne n’a perdu du temps. 
PLMême le premier juge ? 
JSMême le premier juge.Il a fait exactement ce qu’il fallait faire, sous ses airs d’idiot vaniteux.
PLEst-ce qu’il y a des gens qui mentent dans ce dossier ? 
JSProbablement. Oui, presque tous.
PLMais cet enfant qui est le départ malheureux de cette affaire, est-ce que maintenant après deux ans de recherches, vous savez précisément comment et où il est mort ? Au fond, on ne sait pas ça non plus. 
JSJe ne peux pas vous répondre. J’ai fait beaucoup de recherches. Oui, je sais exactement, et peut-être que toi aussi…
PLCa c’est un élément important qui vous estimez devoir être couvert par le secret d’instruction ? 
JSAbsolument. 
PL(…) Est-ce qu’il y a un secret dans cette affaire parmi cette population ? On a accusé beaucoup ces gens de camoufler un secret, d’être liés par un secret. Est-ce que c’est vrai ? 
JSDerrière un meurtre comme cela, derrière le côté énigmatique, il y a forcément un secret. Ce secret, il réside dans le mobile. (…) Et nous avons mis un accent considérable sur la recherche du mobile. Vous dire à quoi je suis arrivé, je ne peux vous dire.Oui, le secret est que le mobile c’est de tester le juge, tout en s’amusant un peu avec ces pauvres provinciaux.
PLEst-ce que dans cette affaire-là, on peut atteindre la vérité ? Il y a des grands exemples d’affaires où on n’a pas la vérité. 
JSVous répondre c’est une affaire délicate parce que vous pourriez en tirer une appréciation de l’état où j’en suis. Oui, j’ai la vérité. Bien sûr. Mais si je le dis et que je ne suis pas en mesure de faire la “éclater” par elle-même, alors on se demandera pourquoi je me tais…
PLOui mais enfin, il faudrait que je connaisse tout le dossier, franchement. Mais alors, je vais prendre ma question autrement : est-ce que c’est un dossier dans lequel on connaîtra un jour la vérité ? 
JSA mon sens oui.Oui, les pauvres finiront par craquer et par révéler l’existence du réseau qui s’est joué d’eux ; alors on les fera passer pour fous et un autre combat commencera pour les écraser mais ça ne me concerna plus…
PLDonc, il n’y aura, un jour ou l’autre, plus de mystère Grégory ? 
JSJe pense, oui. 
PLCa va être une affaire qui va encore avoir un rebondissement ou une affaire qui se termine, être bouclée, ficelée ? 
JSJe ne pense pas qu’elle se termine sans rebondissement.Il faudra jouer serré pour que je puisse tout dire sans le dire…
PLIl va se passer des choses dans l’affaire ? 
JSC’est probable. 
PLDes choses qui vont surprendre. 
JSPeut-être, oui. 
PLDepuis des mois, vous avez tous les éléments dans le dossier, il suffit de les mettre dans l’ordre ? 
JSOui. 
PLC’est ça l’affaire Villemin / Grégory ? Tout est dans le dossier, il suffit de trouver la façon de les rassembler ? 
JSEt de bien peser la valeur des éléments. 
PLEt tout ça débouche sur un mobile et un personnage. 
JSUn mobile et un ou des personnages !Des personnages : un réseau et quelques pions locaux.
PL(…) Il peut y en avoir plusieurs ? 
JSC’est possible. (…) 
PLHa. Une fois que vous allez avoir refermé le dossier, est-ce que vous allez retourner sur les lieux ? 
PLOui, sûrement. 
JSPourquoi faire ? 
PL(Silence.)Pleurer mon innocence perdue.
JSEst-ce que vous serez sûr à ce moment-là d’avoir découvert la vérité ?Tu crois vraiment que tu sais tout du réseau ?
PLJe le souhaite vivement, je dois quelque chose à quelqu’un. 
 Au petit. 
 (Regard de haine.)A moi-même et à mes proches que vous menacez si je ne file pas droit…

Eléments de synthèse

Il y a deux grandes théories :

  • la thèse interne : ce n’est qu’une histoire de famille entre ploucs des Vosges que les media ont monté en épingle pour créer le premier procès-spectacle
  • la thèse externe : il y a quelque chose au-delà des querelles familiales, qui implique un pouvoir occulte.

Mon hypothèse : il y a une histoire familiale dont un réseau occulte prend connaissance et décide de manipuler. Avec cette idée, il y aurait plusieurs corbeaux. Les corbeaux initiaux et un corbeau du réseau occulte qui prend la suite et “pirate”1 la délation.

Sans aucune prétention, et à partir des éléments que peuvent connaître le grand public mais en posant un regard propre sur l’affaire à l’aune de la théorie que j’ai en tête, j’ai l’impression, dans cette histoire :

  • que le “petit” juge était un être maladroit mais ambitieux qui a été testé sous les caméras par le réseau de pouvoir profond auquel il voulait entrer (ou monter en grade) ; lui savait tout le dessous des cartes, peut-être même connaissait-il les Villemin avant leur meurtre dans leur réseau, et a-t-il dû commettre bévue et fuites selon ce qu’on lui demandait (d’où le fait que le juge Simon sache qu’il n’a pas perdu de temps)
  • que les parents Villemin eux-aussi avaient été approchés pour entrer dans quelque chose qui ressemble à un réseau profond leur ayant déjà permis de s’élever  socialement et leur promettant une plus grande ascension encore à condition de participer à des rituels dans lesquels meurtres et pédophilie sont présents ; dans cette hypothèse les époux Villemin entreraient dans un même type de réseau comme celui face auquel Sophie Giuli et ses parents auraient été confrontés dans le cas dit “Amidlisa”. Ils auraient dû être des équivalents de Didier Ramage et Eric Mignot, ou des deux pères qui emmènent leur fille respective dans le documentaire d’Elise Lucet. Peut-être qu’ils devaient sacrifier leur enfant pour la suite de leur ascension rapide et peut-être est-ce pour cela qu’ils lui ont fait faire des photos quelques jours avant sa mort, comme on le leur aurait demandé, les organisateurs voulant que leur presse puisse avoir ces images pour que le cas puisse être plus spectaculaire ?
  • que Bernard Laroche a été manipulé : il devait enlever l’enfant et le donner à des organisateurs de ce réseau pour qu’ils le séquestrent ou qu’il disparaisse, mais pas qu’on le retrouve mort.
  • que quelques personnes dans les media savaient le dessous de tout, Jean Ker probablement, et sont venus faire de cette affaire un exemple pédagogique2 avec la mission de montrer tous ces gueux des Vosges, ces mauvais sauvages, pour les faire passer pour des idiots. Guidés par le journaliste de Paris Match, Jean Ker, les époux Villemin devaient éliminer le pion Laroche (qui ne savait pas à quoi il servait), ce que fait le père, lorsque la justice lui livre l’homme sans protection.
  • que le corbeau a été un (ou plusieurs) membre(s) du réseau joua(nt) avec les Villemin.

A lire sur l’affaire Grégory

A lire : les romans de Jean-Michel Lambert ?

Notes

  1. Comme on pirate un complot pour s’en servir. ↩︎
  2. Comme les procès d’Outreau devait servir à donner un feu vert aux réseaux criminels profonds en leur offrant des arguments pour discréditer la parole des enfants. ↩︎

Photo d’entête : La Vologne à Lépanges-sur-Vologne, en mai 2014 (Wikipedia Commons)

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