Si le style est bon, si le propos est intéressant sur le fond, le livre publié par Kontre Kulture en 2016, souffre tout de même d’un grand défaut : c’est d’être un recueil de textes. Ceci obligeant le lecteur à s’infliger de trop nombreuses répétitions, l’absence de mise en forme systématique du propos nuisent tout à fait à cet ouvrage qui aurait pu jouer le rôle de livre introductif, dans le cadre d’une collection, chez l’éditeur, consacrée aux techniques de manipulation des masses ou ingénierie sociale.

Certes, le recueil de textes s’inscrit dans la suite de Gouverner par le chaos, publié de manière anonyme en 2010 chez Max Milo, dont il est comme un long appendice, mais il eût fallu, là encore, résumer l’ensemble du premier texte au début et organiser le propos de ce livre complémentaire pour que tout cela soit plus riche et plus lisible. Même si Cerise affirme « ce n’est plus vraiment un recueil, mais plutôt un livre écrit sur quatre ans1 et en couches successives » [p. 16], on ne peut que constater que ceci est faux.

En effet, publiés tels quels sans travail éditorial, le tout ressemble à un recueil dilettante de facture post-moderne ou futile façon Jacques Derrida, agglomérant quelques concepts alors à l’éphémère mode (comme la fumeuse théorie du “care”) ou sacrifiant aux incontournables du jour (la permaculture), et ce pourtant au servie d’une pensée salutairement conservatrice. Ou comme nous le verrons, plus justement “old Whig”. Et ainsi, pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres dans les 450 de ce livre pourtant très beau2 et imprimé sur un papier de bonne qualité, alors qu’il multiplie les apparitions sur les chaînes vidéos de la dissidence au point de paraître avec Xavier Poussard, Valérie Bugault ou le très attendu Michel Drac, l’un des experts ès-manipulations de ce petit milieu, cela fait maintenant six ans, en 2021, que Cerise a publié une conférence se terminant par un « je passe maintenant la parole Paolo Cioni » [p. 46] suivi de rien. C’est assez grotesque et irrespectueux pour le lecteur.

L’ouvrage rassemble donc vingt-sept textes séparés en quatre parties. La première, « ingénierie sociale », est la plus intéressante et aurait mérité d’être structurée de manière cohérente et suivie afin de constituer ce manuel introductif aux grands textes traitants de manipulations des masses, allant de Gustave Le Bon à Zbigniew Brzeziński. La deuxième partie, « entretiens », est la plus pénible car la plus redondante, dont le matériel aurait mérité d’être repris et fondu dans la première partie. La troisième partie, « géopolitique », redevient intéressante qui aurait dû être la partie empirique venant exemplifier la théorie de la première partie. La quatrième partie, « divers », porte bien son nom qui traite pêle-mêle de sujets comme le “pinkwashing” chez les sionistes, du traquenard tendu à Clément Méric et ses amis pour donner l’impression d’un danger d’extrême-droite en France, le mariage homosexuel, le “care” ou une étude sur Finnegans Wake de Joyce, certains textes auraient dû être refondus dans le cadre de la (deuxième) partie pratique quand d’autres sont des fonds de tiroirs dispensables.

Les grandes thèses de Cerise sont qu’il faut :

  • revenir à un nationalisme protecteur, qui s’inspire de la théorie du soin (“care”), de la permaculture et d’un conservatisme de bon sens
  • éviter toute approche culturalo-raciale et sociétale (féminisme, sexualités marginales) au profit d’une approche sociale (ce en quoi il est un disciple de Michel Clouscard en même temps qu’Alain Soral et Francis Cousin)
  • critiquer les fausses catégories et notamment dépasser le clivage droite / gauche en politique
  • lutter contre l’ingénierie sociale négative et créer de l’ingénierie sociale positive.

Le livre n’est donc pas inintéressant mais il aurait mérité d’être retravaillé pour donner un contenu moins redondant et plus systématique.

Notes

  1. 2012-2015.
  2. Les couvertures de Marie, pour Kontre Kulture, sont toujours un plaisir pour les yeux.

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