La Horde du Contrevent

La Horde du Contrevent [2004] est un texte sans queue ni tête boursoufflé de prétentions littéraires grotesquement ratées, qui n’est qu’une piètre imitation de récits d’heroic fantasy1 ou de conte alchimique2 qui confine à la farce, tellement ça s’avère bête au fur et à mesure qu’on avance (à reculons) dans l’histoire.

Faisant les poubelles d’une culture ésotérique et philosophique qu’il maîtrise aussi bien qu’un lycéen qui a fait l’acquisition d’un dictionnaire de citation pour faire de l’effet dans sa copie de Terminale3, l’auteur peu cultivé mais volontiers clinquobullant4 a pris quelques objets glanés ça et là et pondu une longue, trop longue, horriblement longue quête initiatique aux éléments hétéroclites dont, très rapidement, il ne sait plus trop quoi faire. (Et n’en fait rien, d’ailleurs.)

Il récupère donc une petite référence à Eluard ici, une idée à Nietzsche là, essaye de varier les styles pour alterner les personnages de sa horde5) et produit quelques bonnes pages aguicheuses au début de son ouvrage. Qui s’étiole rapidement pour terminer de la pire des façons, l’auteur se ridiculisant au passage avec un duel rhétorico-oulipien d’un niveau de collégien (allez mettons des années 1950), une visite dans une tour qui doit sans doute faire se pâmer les lycéennes incultes du 21ème siècle, mais qui s’avère totalement crétin et éculé pour qui reconnaît les emprunts, et réussissant la prouesse de rendre son livre de moins en moins intéressant en même temps que son vent initial, sa grande flatulence à paillettes prometteuse, devient coulant, puis solide, son style lourd comme du plomb6 et le rythme de son aventure calant jusqu’à devenir une vraie épreuve d’ennui pour le lecteur. Du vent – due la chianteur proustienne sans la micro-sociologie des hautes classes sociales françaises du début du 20ème siècle, un dépotoir ampoulé mais amputé de tout génie.
Heureusement, la numération étant en compte-à-rebours, le masochiste qui a décidé qu’il irait jusqu’au bout coûte que coûte7, sait page après page le reste du supplice qu’il reste encore à s’infliger, jusqu’au foutage de gueule final.

Donc : le Contrevent.
Ou « Prout ».
Un rien plus de 700 fois en édition de poche.
Jusqu’à créer une grande chambre à gaz hilarant qui hypergénocide tes neurones rescapés de l’endoctrinement républicain.

L’œuvre au niard

En même temps, cette faillite grandiloquente dépasse le cadre de ce roman puisque l’ensemble de l’œuvre du type est une farce… La Zone du dehors suicide la S.F. au bout de 50 pages, les Furtifs la resuicide d’une deuxième balle8 avec son melting pot infâme où des débris intéressants de pensée sont noyés, broyés, brouillés, anarchiboulés dans l’hypernawak dans un flot continu de conneries loghorrique ultrapostmoderne, le pitre faisant passer ses mignons procédés d’amuseur du dimanche midi en famille, pour de la haute magie révolutionnaire…

Cette longue branlette branchouille (une branlouille ?) moixo-ryhzomiesque servie tiède par un gros nul mélenchono-trotskôskouille9 qui se sert du langage pour se faire du bien mais n’est capable que de lui faire perdre son temps, serait à vous faire passer Paulo Coelho et son Alchimiste, pour de la grande littérature voire Fauve ou grand Corps Malade pour du Brassens…

Le chemin de Damas, yo !

En tout cas, le succès de ce truc en dit surtout long sur l’effondrement de la Déséducation Nationale : dans la république des débiles hanounisés, des connes abyssales qui lisent leurs romans de gare et s’organisent des salons littéraires pour se les échanger comme on se refilerait la syphilis à une partouse de bêtise10, ou des peureux malsains qui tournent frénétiquement les pages de romans policiers aussi vite lus qu’on pisse sa bière, les couillons qui savent conjuguer un verbe et terminer une phrase, peuvent faire illusion…

Ça va même au-delà de Damasio : quand on a des minables marquis et petits profs élevés au rang de philosophes (BHL la tshalope à la chemise blanche déboutonnée, Finky l’antiraciste islamophobe), des touilleurs de truismes (Bourdieu), des esbroufeurs (Foucault, Derrida, Merleau-Ponty, Deleuze+Guattari, j’en passe) adulés, du dégueulis romanesque déversé par camions entiers à chaque septembre parisien (ou la rentrée littéraire aussi mauvaise que le Beaujolais nouveau, par lesquels seuls 3 ou 4 textes méritent le papier utilisé), un djeun’s en basket Nike et un hologramme sacré de la République à la truelle pour des héros de la classe travailleuse, on peut bien élever le plombier du coin, qui écrit un peu de la S.F. entre deux séries TV, deux vidéos Youtube et trois bandes dessinées, au rang de fer de lance de la S.F. francophone…

Suivez le chemin de Damasio, voyez jusqu’à quel gouffre il mène, plus bas c’est le feu, l’Enfer où même la connerie et le Diable ne peuvent survivre, suivez les aveugles menés par des borgnes. Et courage, le rebond est proche, on ne creusera pas plus, le royaume va renaître quand toute cette pourriture aura fait de l’engrais !

Appendices

Slamme ta bouillie, gros

Pour ceux qui ne connaissent pas la bouill(i)e du pitre, ecce homo, dans un « moment culte » :

Rone feat Alain Damasio – Bora Vocal | Live Plus Près De Toi (2018) après la sortie des Furtifs, un bouquin encore plus con plus amphigourique toujours moins à lire…

Un gros qui hurle un flot de débilités qui sortent pêle-mêle de son cerveau-las, un maigre qui se dandine sur ses machines (dont j’aime bien la musique, d’ailleurs, en fond), des jeunes qui font semblant d’assister à une parousie poétique mais qui sentent bien au fond d’eux-mêmes qu’ils s’emmerdent, un animateur qui jouit – ô art du remplissage prestidigitateur de la dissociété du pestacle – et la gêne rivée au milieu de tout ce grand vide mensonger…

C’est beau comme un vernissage glauque et foireux d’art contempomescouilles… C’est divertissant de nullité.

Pour qu’il n’en reste pas que du vent, PJ Harvey et Noir Désir

Photo d’entête : “il signore dei gormiti” par Fabio Rava

Notes

  1. Genre tellement mièvre que les Français n’ont pas pensé à le traduire dans leur langue…
  2. Qu’on pense par exemple aux Noces chymiques de Christian Rosenkreutz, de 1616, notamment lors du lourdingue épisode de la Tour des aerudits, cf. chapitre XIII : la Tour d’Ær.
  3. Mais dans le grand cadavre exquis du postmoderne néodada pour nigauds dodus, a-t-on besoin encore de maîtriser le sens de ce qu’on dit, temps que ça fait illusion et que ça en donne toutes les apparences, qui elles-mêmes permettront de créer une grande chaine de fallace allant des lecteurs aux critiques, en passant par les animateurs de la société du spectacle en extase à la commande pour tout et rien à la fois, tous ces acteurs vides faisant semblant que « ça parle » (comme disaient le support locutoire des entités structuralistes se servant de la langue pour poser quelque part des petits bouts de discours, dans les années 1970) alors que ça dit rien de totalement cohérent.
  4. Hommage au graphomane qui s’est amusé à émailler (avec de la lourdeur fluorescente kitsch à vous ringardiser le baroque et Warhol d’un seul coup), son texte de néologismes, mots-valises et autres trouvailles qui sont plus de l’ordre du tape-à-l’œil que de l’innovation intelligente et apportant quoi que ce soit à son propos ; hormis chez son personnage principal, sorte de copie de la copie de Gargantua raté (mais moins que le reste).
  5. Encore une fois, il ne réussit qu’avec celui du sanglier bagarreur, chef de meute et personnage avec lequel le petit Pierre Manœuvre littératé (« ouiiiii, tu vois c’est géniaaaaal, tu émets un quantum de seeeens et moi je réceptionne quantiquement le substrat langagier et ça rentre en vibration dans mon appareil sensitivo-rationnel » ; oui, bon, on parle, donc : un gamin de 2 ans est capable de réaliser cette magie-là, c’est à la fois génial et banal, mais pas la peine de convoquer le comité Nobel pour autant – il faut avoir entendu parler cinq minutes cet escroclown – qui croit sans doute lui-même à son génie, le pauvre – pour en rire encore…) s’est le plus identifié.
  6. Damasio serait-il un anti-alchimiste, capable de transformer en plomb une idée initiale en or, voir en vomi dont, même en mettant la main devant la bouche, on n’a pas de meilleurs morceaux à garder en main ?
  7. Pourquoi, qu’a-t-il à expier ?
  8. Depuis l’affaire du gendarme Jambert, on sait qu’on peut se suicider de deux balles, en France.
  9. Ah oui, parce que ce cochon-là, il est de la gauche de la gauche, évidemment ! Qui d’autre que le parasitisme culturo-mondain progressiste d’Etat irait dire au peuple abruti que ce Che Gogovara est génial, sinon ? Dans un monde où Greta gronde des élus, on a les idoles qu’on peut…
  10. Tout en se croyant malines et fines comme une Marguerite Yourcenar ou une Germaine de Staël parce qu’elles lisent au lieu de regarder la télévision ! Quelle élite !

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