Conférence « gesticulée » de Frank Lepage sur l’art contemporain

La première vidéo que je vous propose est une « conférence gesticulée » de Frank Lepage, qui est celle d’un socialiste1 ayant à s’excuser un peu auprès de ses amis du monde de la culture, d’avoir à dire quelques vérités qui leur seront désagréables et notamment qu’ils sont une bande de sociaux-traitres vivant de l’argent des impôts pour promouvoir quelque chose de tout à fait élitiste et non-populaire, des idiots utiles de l’élite esclavagiste ou des esprits drogués aux vapeurs de leurs discours fumeux, s’ils croient vraiment à la mission civilisatrice de la bidouille à laquelle ils participent et à la valeur du monde dans lequel ils pataugent.

Deux textes cités par Frank Lepage :


Paul Joseph Watson, la vérité sur l’art contemporain

Deuxième vidéo2, celle de Paul Joseph Watson qui, de savoir que son public n’est pas en partie composé des gens qu’il dénonce ou qui participe à cette œuvre d’asservissement élitiste camouflée sous de la grandiloquente esbroufe, peut y aller un peu plus franchement et sans nuances, pour dire à peu près la même chose que le premier.

Si elles font du bien à entendre pour leur style enlevé et les quelques vérités directes proférées, loin du tortillage ampoulé du monde académique3, les remarques de P. J. Watson ne sont cependant pas très originales. En lourd et pompeux, avec de la prose ampoulée usant de longues formules pour dire des banalités, Pierre Bourdieu disait en gros la même chose, notamment dans La distinction, en 1979. Dans Les règles de l’art, outre les réflexions matérialistes sur le beau4, Bourdieu dépassait le seul cadre de l’art pour le ré-encastrer dans le jeu social dont il fait partie, et notait que dans cette même idée de gaspille ostentatoire, dans le monde académique, plus une thèse (et notamment de philosophie) était déconnectée du social ou de l’utilitaire, plus la personne qui se prête à l’exercice est proche de l’élite ou souligne son acte de candidature pour y entrer. C’est pourquoi il faut aller plus loin en comprenant le rôle, sinon la nécessité de l’arbitraire dans l’art contemporain, vu non pas simplement comme art de marché au service de la société de consommation mais comme dans sa fonction politique de sauvegarde des élites. C’est un point avec lequel Frank Lepage s’approche sans toutefois arriver à en tirer toutes les conséquences. S’attachant plus à montrer la collusion de l’art avec la « société de marché » et la « société du spectacle », s’il montre bien la volonté qui se cache derrière l’art contemporain, il rate le rôle politique qu’il joue, et notamment lorsqu’il rappelle l’exemple de la CIA soumettant sa subvention à la tenue d’une exposition d’art “désignifiant” en URSS. C’est ce que je fais dans la page « L’art contemporain comme outil de domination ».

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Photo d’entête : « la vérité nue » par gigile
  1. Ou altersocialiste critique, ou ce que vous voulez []
  2. Et pourtant, c’est la troisième, c’est génial, en fait, cet article ! []
  3. L’université manque cruellement de Diogène, de temps en temps… []
  4. En gros : le beau, c’est le cher, donc le beau c’est ce qui permet de montrer subtilement sa richesse, sa puissance et sa domination, et à un tel point qu’on peut dépenser sans compter. Ou Bourdieu réactualise Karl Marx et Thorstein Veblen. []

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