Judéo-christianisme

Judéo-christianisme : un oxymore ou un pléonasme ? On va essayer de se faire une idée en voyant plusieurs visions de ce terme au final plus politique que théologique. La sélection de vidéos et textes est évidemment à compléter.

Vision juive

Discours interne à la communauté

Pour les Juifs, il n’est pas question d’accoler le Christianisme à la religion juive. Que les Chrétiens aient gardé l’Ancien Testament comme texte pilier de leur religion idolâtre, grand bien leur fasse, mais ‘judéo-chrétien’ mettrait les deux religions sur un pied d’égalité inacceptable. Il n’y a rien à voir entre la vraie religion pure et l’hérésie des adorateurs d’un singe né d’une prostituée et d’un soldat romain, comme il est dit dans le Talmud. C’est pourquoi pour le Rav Dynovisz, c’est, sans nuances, un oxymore.

Rav Dynovisz

Discours pour les Goyim dont on a besoin

Certes, pour des raisons de tactiques politiques actuelles – comme les Juifs ont besoin de l’argent et de la force militaire des pays Chrétiens, afin de les défendre de ceux à qui ils ont volé la terre ou de leurs voisins qu’ils n’ont cessé d’agresser depuis 1947, dans un Moyen-Orient où ils se sont rendus détestables –, des manipulateurs comme Eric Zemmour, Jacques Attali ou sa Pitrerie Botulesque pourront concéder un peu de flatterie aux Chrétiens en utilisant cette formule. Mais c’est pour mieux dire en substance que par ‘judéo-chrétien’, ils entendent un Christianisme nourri par le Judaïsme et dépendant de lui, au fond, dans une relation unilatérale. Jacques Attali explique dans Les juifs et l’argent que l’économie est juive1, voire le progrès, BHL que la culture européenne doit tout à la judaïté dans L’esprit du judaïsme2 et ils ne manquent pas les textes où les Juifs s’octroient tout : inventions, pensées, prix et éloges.3, ou Zemmour n’hésite pas à fracasser la vérité historique pour y inclure des Juifs ou de la judaïté où ça l’arrange. Le Goy, en revanche, a le droit, c’est même très bien vu, de dire après Zemmour que la France est juive, mais si vous rappelez qu’Edouard Drumont l’avait fait avant eux, vous avez une amende ou allez en prison, la question n’étant pas ce qui est dit, mais qui à le droit de le dire.4

Visions catholiques

“Sédévacantistes” / Anti-Vatican II

Alain Soral

Pour Alain Soral, qui parle ici en tant que catholique (qui se dit sédévacantiste), c’est aussi un oxymore.

Judaïsme vs christianisme [2012]

Claude Timmerman

Idem pour Claude Timmerman, qui a fini par consacrer un livre à la question : Judéo-christianisme. Travestissement historique et contre-sens idéologique, chez Kontre Kulture, en 2018.

La présentation de Judéo-christianisme. Travestissement historique et contre-sens idéologique, chez Kontre Kulture [2018]

Luciano Virtus

L’imposture de la formule “valeurs judéo-chétiennes” par Luciano Virtus

A trouver

Voir ce qu’en disent Jérôme Bourbon ou Alain Escada.

Point de vue national-sioniste

Nadine Morano

Cette grande philosophe… Non, c’est pour rire, Nadine Morano répète cette formule qu’elle a entendue, je ne sais pas si elle la comprend vraiment.

Retour aux choses sérieuses…

Georges Corm, Orient-Occident [2002]

Vision musulmane

Georges Corm

Je ne sais pas si Georges Corm est musulman, mais ce Libanais se positionne dans ses livres du points de l’oriental qui, musulman ou non, est exclu de l’alliance que les autorités juives veulent établir avec les chrétiens5 nationaux-sionistes son dans Orient-Occident. Une fracture imaginaire). Ecrivant aux lendemains de la manipulation du 11 septembre 2001 et comprenant tous les dégâts que le choc6 permettra, devançant les guerres au Moyen-Orient et la manipulation national-sionistes pour monter les Chrétiens (même les Chrétiens zombis ou les Chrétiens par inertie) contre les Musulmans, Georges Corm rappelle que la combination judéo-chrétien est une aberration d’invention récente, qui joue un rôle très (géo)politique.

[C’est u]ne laïcité en trompe-l’œil, dont la culture occidentale se gargarise, qui (…) amène aujourd’hui [l’Occident] à se découvrir des racines judéo-chrétiennes, en lieu et place des bonnes vieilles racines gréco-romaines que la culture de la Renaissance européenne s’était inventées pour légitimer ses nouvelles conquêtes contre l’idéologie immobile de l’Église. Cette notion, tout à fait nouvelle dans les vocabulaires occidentaux, ne met-elle pas en harmonie le discours laïc et le comportement d’essence religieuse de l’Occident ?

Le basculement très rapide, au cours de vingt dernières années du XXe siècle, d’un discours occidental invoquant les racines gréco-romaines à un discours se référant aux valeurs ou racines judéo-chrétiennes nous paraît s’expliquer par le fait que ce discours met enfin en accord le mode de fonctionnement de la pensée occidentale moderne avec les archétypes bibliques qui ont continué de la dominer en dépit de la sécularisation des formes et des objectifs de salut de l’humanité. Aventure nationale, aventure communiste ou capitaliste constituent l’essence même de toutes les formes de la modernité européenne : cette modernité a-t-elle vraiment triomphé sur le modèle monothéiste et violent à travers les guerres nationales et européennes, les guerres coloniales, la Guerre Froide ? Ou bien ne fait-elle que le reproduire indéfiniment sou d’autres vocables et d’autres concepts, puisque son histoire est jalonnée de guerres totales, globales, des guerres d’annihilation ? Des herem, guerres saintes dont le modèle est l’Ancien Testament. La modernité démocratique et laïque n’a amené aucune rupture, aucun progrès décisif pour réduire les violences collectives que les sociétés peuvent s’infliger les unes aux autres, lorsque les prend le démon de la conquête, de la puissance ou de la foi fanatique.

L’invocation des racines judéo-chrétiennes permet aussi d’inclure et de légitimer l’existence de l’État d’Israël, espace sacré de la psychologie collective occidentale, d’ôter tout caractère colonial à sa naissance et à l’expansion continue des colonies de peuplement. De concilier laïcité et archétype biblique qui ont été les piliers idéologiques et contradictoires ayant présidé à la naissance de l’État dit « juif » ou « hébreu », naissance dans laquelle l’Europe puis les États-Unis se sont investis avec une constance peu commune, une énergie de tous les instants face au refus palestinien et arabe.

Cette innovation, (…) permet en outre une grande exclusion, celle de l’Islam, troisième monothéisme, le dernier né qui se réclame avec force de l’histoire biblique, du prophétisme, du monothéisme le plus pur. Elle permet aussi de rétablir sans aucun doute possible la fracture Orient-Occident dont la culture occidentale ne parvient pas à se débarrasser. Le marxisme, le communisme, le Tiers-mondisme laïc avaient failli réussir à l’abattre. Leur effondrement la rétablit automatiquement avec encore plus de vigueur. C’est pourquoi, le mauvais livre de Samuel Huntington sur le « choc des civilisations » a servi si facilement de point de cristallisation au rétablissement de la ligne de fracture. […]

Voilà un coup d’État culturel qui se fait en douceur. Le monothéisme organise à nouveau l’hostilité et la violence, engendrant un Occident judéo-chrétien dont le territoire réalise une avancée spectaculaire grâce à la création de son avant-garde israélienne. En face, un Orient musulman avec ses « cinquième colonnes » au cœur de l’Occident ses communautés musulmanes émigrées dans lesquelles le terrorisme peut fleurir.

La création imaginaire de racines judéo-chrétiennes pour l’Occident qui admet, enfin, l’importance du monothéisme au plus profond de sa psychologie, sécularisée ou laïcisée, présente d’autres avantages. En premier lieu, la réconciliation du judaïsme et du christianisme impensable il y a un siècle ou un demi-siècle. L’Ancien Testament et le Nouveau Testament intimement unis, alors que le christianisme institutionnel s’est bâti contre le judaïsme ainsi que son attachement exclusif à l’Ancien Testament, et son refus de la parole christique. Il y a cent ans ou même cinquante ans, accoupler judaïsme et christianisme dans une seule expression eût été impensable. Aujourd’hui, l’expression de racines « judéo-chrétiennes » sonne juste, comme normale, naturelle, légitime. Le « couple providentiel »et pervers constitué par l’opposition entre Aryens et Sémites est enfin liquidé intellectuellement, puisque le judaïsme est désormais totalement intégré au patrimoine occidental. Il est vrai que le protestantisme avait fait un premier pas. […] Un métissage idéologique (impensable d’ailleurs dans le christianisme oriental et les Églises orthodoxes, qui n’oublient que l’Église s’est construite en opposition au judaïsme) s’opère dans la culture et les mentalité occidentales, juive, catholique, protestante, et s’impose naturellement dans l’usage de plus en plus fréquent du concept de « racine judéo-chrétiennes », finalement bien conforme à la vision wébérienne de l’histoire religieuse de l’Occident. L’histoire laïque et l’histoire religieuse de l’Occident sont enfin réconciliées. Ancien et Nouveau testaments sont mariés à nouveau, incluant cette fois le judaïsme au lieu de l’exclure.

Ed. La découverte, Paris, 2005, 113-118

Vision pagano-hédonisto-philosophique

Je voulais mettre du Michel Onfray mais je ne sais pas ce que vaut son opinion, puisque dans ses deux cours sur Freud7, lorsqu’il comprend et explique tout ce que la psychanalyse doit au judaïsme, au point qu’on puisse penser que c’est une doctrine juive par les Juifs8 et pour les Juifs, il se déclare incompétent sur le judaïsme qu’il prétend ne pas connaître assez. C’est dommage. Lui qui est si prolixe, jusqu’à plus soif, sur le Christianisme et l’Islam, monsieur je-sais-tout-sur-tout-j’ai-tout-lu n’a pas étudié la racine historique de ces deux religions, quelle lacune… ou quelle immense lâcheté qui le disqualifie totalement.

Photo d’entête : “Star of David and Cross of Jesus, Barcelona” par Yidian Cheow.

(Oui, je sais que c’est plus un symbole sionisto-romain que judéo-chrétien qui serait un chandelier à sept branches avec un poisson, mais bon, tout le monde comprend comme cela)

Notes

  1. Mais qu’un goy prenne le marionnettiste des présidents français au mot et raccroche cette affirmation étayée ave les thèses de Werner Sombart sur le rôle des Juifs dans la genèse du capitalisme, vous avez intérêt à glorifier le capitalisme derrière pour ne pas être taxe d’antisémitisme.
  2. Qu’il n’a pas osé appelé Le génie du judaïsme puisque le retournement du titre de Chateaubriand aurait rendu trop visible, même aux goyim les plus émoussés par le shoatisme larmoyant, la provocation.
  3. Mais le Goy doit bien comprendre le double standard : il a le droit lui aussi de dire que les Juifs sont partout mais pas de souligner que cela vient du fait qu’ils se placent partout, voire que certains récupèrent les idées des autres – cf. Einstein – et sont popularisés après leur vol par les médias ou maison d’éditions que leur co-religionnaires tiennent, et cette omniprésence doit être perçue comme quelque chose d’uniquement positif si elle est soulignée. Si le domaine, la pensée où ils sont omniprésents est appréhendé négativement, il doit gommer cette présence ou trouver un élément goy qui explique en quoi la chose critiquée a dégénéré de par ce dernier.
  4. Par exemple, Zemmour a le droit de rectifier quelques erreurs au sujet de Pétain, un auteur catholique ou Goy en général sera taxé de vichysme et interdit de plateau, plateaux que Zemmour peut écumer sans relâche malgré sa censure, allant en vaillant Français plus que Français, défendre l’honneur d’un Français et l’exactitude historique contre Paxton.
  5. Alliance enthousiaste avec les Evangéliques souvent sionistes et par défaut, par la peur du musulman, avec les catholiques que juifs et francs-maçons cherchent à affaiblir toujours plus, qui est la seule religion qui peut résister à la dissolution des anciennes nations chrétiennes dans le noachisme / luciférisme du Nouvel Ordre Mondial.
  6. Qu’on pense à la doctrine du choc bien rendue intelligible par Naomi Klein ; on aurait pu écrire aussi la ‘catastrophe’, la ‘Shoah’ des Américains, l’élément traumatisant qui permet d’emmener le corps social à accepter ce qu’on attendait de lui.
  7. Contre-histoire de la philosophie n°15 et 16
  8. Dans l’entourage de Freud seul Jacques Lacan est le Goy de service, et encore, ce fils de franc-maçon partira-t-il vers son propre cheminement intellectuel loin de Freud.

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