Que le Judaïsme et le Nazisme soient des frères jumeaux ne fait pas de doute pour le Dr. Mandelbrod, personnage qui apparait dans Les Bienveillantes, le prix Goncourt 2006, écrit par Jonathan Littell. Voici l’extrait où il explique en quoi au personnage principal Max Aue, qu’on suit en Allemagne et en Europe de l’Est :

En Allemagne, [dit le Dr. Mandelbrod, s’adressant à Max Aue], ton père fut parmi les premiers à comprendre qu’il fallait un rôle égal, avec un respect mutuel, pour tous les membres de la nation, mais seulement au sein de la nation. A leur manière, toutes les grandes sociétés de l’histoire ont été nationales et socialistes. Regarde Temüdjin, l’exclu : ce n’est que lorsqu’il a pu imposer cette idée-là, et unifier les tribus sur cette base, que les Mongols ont pu conquérir le monde, au nom de ce déclassé devenu Empereur Océanique, Gengis Khan. J’ai fait lire au Reichsführer un livre sur lui, il en a été très impressionné. Avec une immense et féroce sagesse, les Mongols ont tout rasé devant eux, pour reconstruire ensuite sur des bases saines. Toute l’infrastructure de l’Empire russe, toutes les fondations sur lesquelles les Allemands ont ensuite bâti, chez eux, sous des tsars de fait aussi allemands, ce sont les Mongols qui les leur ont apportées : les routes, l’argent, la poste, les douanes, l’administration. Ce n’est que lorsque les Mongols ont compromis leur pureté, en prenant génération après génération des femmes étrangères, souvent d’ailleurs parmi les nestoriens, c’est-à-dire les plus juifs des chrétiens, que leur empire s’est dissous et effondré. Les Chinois présentent un cas contraire mais également instructif : ils ne sortent pas de leur Empire du Milieu, mais absorbent et sinisent irrémédiablement tout peuple qui y entre, aussi puissant soit-il, ils le noient dans un océan sans bornes de sang chinois. Ils sont très forts. D’ailleurs, lorsque nous en aurons fini avec les Russes, nous aurons toujours les Chinois devant nous. Les Japonais ne leur résisteront jamais, même s’ils ont l’air de tenir le haut du pavé aujourd’hui. Si ce n’est pas tout de suite, toute façon il faudra se confronter à eux un jour, dans cent, deux cents ans. Autant alors les garder faibles, les empêcher si possible de comprendre le national-socialisme et de l’appliquer à leur propre situation. Sais-tu, d’ailleurs, que le terme même de « national-socialisme » a été forgé par un Juif, un précurseur du sionisme, Moïse Hess ? Lis son livre, un jour, Rome et Jérusalem, tu verras. C’est très instructif. Et ce n’est pas un hasard : quoi de plus völkisch que le Sionisme ? Comme nous, ils ont reconnu qu’il ne peut y avoir de Volk et de Blut sans Boden, sans terre, et donc qu’il faut ramener les Juifs à la terre, Eretz Israël pure de toute autre race. Bien sûr, ce sont d’anciennes idées juives. Les Juifs sont les premiers vrais nationaux-socialistes, depuis près de trois mille cinq cents ans déjà, depuis que Moïse leur a donné une Loi pour les séparer à jamais des autres peuples. Toutes nos grandes idées viennent des Juifs et nous devons avoir la lucidité de le reconnaître : la Terre comme promesse et comme accomplissement, la notion du peuple choisi entre tous, le concept de la pureté du sang. C’est pour cela que les Grecs, abâtardis, démocrates, voyageurs, cosmopolites, les haïssaient tant, et c’est pour cela qu’ils ont d’abord essayé de les détruire, puis, par le biais de Paul, de les corrompre leur religion de l’intérieur, en la détachant du sol et du sang, en la rendant catholique, c’est-à-dire universelle, en supprimant toutes les lois qui servaient de barrière pour maintenir la pureté du sang juif : les interdits alimentaires, la circoncision. Et c’est donc pour cela que les Juifs sont, de tous nos ennemis, les pires de tous, les plus dangereux ; les seuls qui valent vraiment la peine d’être haïs. Ce sont nos seuls vrais concurrents, en fait. Nos seuls rivaux sérieux. Les Russes sont faibles, une horde privée de centre malgré les tentatives de ce Géorgien arrogant de leur imposer un « national-communisme ». Et les insulaires, britanniques ou américains, sont pourris, gangrenés, corrompus. Mais les Juifs ! Qui donc, à l’époque scientifique, a redécouvert, en se fondant sur l’intuition millénaire de son peuple, humilié mais invaincu, la vérité de la race ? Benjamin Disraeli, un Juif. Gobineau a tout appris chez lui. Tu ne me crois pas ? Va voir. » Il désigna les étagères à côté de son bureau : « Là, va voir. » Je me levai de nouveau et allai aux étagères : plusieurs livres de Disraeli y côtoyaient ceux de Gobineau, Vacher de Lapouge, Drumont, Chamberlain, Herzl, et d’autres encore. « Lequel, Herr Doktor ? Il y en a plusieurs. » — « N’importe, n’importe. Ils disent tous la même chose. Prends Coningsby, tiens. Tu lis l’anglais, n’est-ce pas ? Page 203. Commence avec But Sidonia and his brethren… Lis à haute voix. » Je trouvais le passage et lus : « Mais Sidonia et ses frères pouvaient se réclamer d’une distinction que le Saxon et le Grec, et le reste des nations caucasiennes, avaient abandonnée. L’Hébreu est une race sans mélanges… Une race sans mélanges, d’une organisation de première classe, est l’aristocratie de la Nature. » — « Très bien ! Page 231, maintenant. The fact is, you cannot destroy… Il parle des Juifs sûr. » — « Oui. Le fait est qu’on ne peut détruire une pure race d’organisation caucasienne. C’est un fait physiologique ; une simple loi de la nature, qui a mis en échec les rois égyptiens et assyriens, les empereurs romains, et les inquisiteurs chrétiens. Aucune loi pénale, aucune torture physique, ne peut faire qu’une race supérieure soit absorbée par une inférieure, ou détruite par elle. Les races persécutrices mélangées disparaissent ; la pure race persécutée demeure » — « Voilà ! Songe que cet homme, ce Juif a été premier ministre de la reine Victoria ! Qu’il a fondé l’Empire britannique ! Lui qui, encore inconnu, avançait des thèses pareilles devant un Parlement chrétien ! […] « Par amour et par respect pour ton père, Max, (…t)u te dois de lui faire honneur, et à sa race et à la tienne. Il n’y a pas de place sur cette terre que pour un seul peuple choisi, appelé à dominer les autres : ou ce sera eux, comme le veulent le Juif Disraeli et le Juif Herzl, ou ce sera nous. Et nous devons donc les abattre jusqu’au dernier, extirper leur souche. Car qu’il n’en reste que dix, un quorum intact, qu’il n’en reste que deux, un homme et une femme, dans cent ans nous aurons le même problème, et tout sera à refaire. (Sarabande, pp. 649 – 653)

Voilà, rapidement quelques points historiques qui permettent au personnage de penser que « les Juifs sont les premiers vrais nationaux-socialistes, depuis près de trois mille cinq cents ans déjà ». En tant qu’Allemand ne pourrait pas concevoir que, peut-être, Hitler a été une créature des Juifs pour mener l’Allemagne, puis les Etats-Unis d’Amérique à se déchirer pour permettre ce retour des Juifs en Palestine. Quoiqu’en pense au fond, Jonathan Littell – et c’est la magie de la folle littérature tant de pouvoir faire dire à ses personnages fictifs tout ce qu’une personne réelle ne pourrait pas dire sans se faire pénaliser par son totalitarisme respectif, que de défendre des points de vue opposés aux siens en diluant les parties théoriques dans une histoire qui tient en haleine le lecteur –, il ne pouvait faire avoir la prescience à son Dr. des mensonges futurs de la part des vainqueurs et comment le Tribunal de Nuremberg fut une farce sérieuse qui asservit son pays, de s’être cru fort alors qu’il n’était qu’un jouet. C’était un peu arrogant d’avoir cru combattre un frère jumeau sur un terrain qu’il maîtrise depuis tant de siècles, mais les Allemands avaient été échaudés par les traités de “paix” de 1919 puis la crise économique, difficile de rester lucide dans ces moments. Du coup, ils le payent encore et tant qu’ils n’auront pas compris la double arnaque (la créature Hitler et la culpabilité post-créature), ils n’ont pas fini de payer au centuple leur soi-disant dette qui les tient en esclavage (une dette morale pouvant être aussi juteuse pour les créanciers qu’une dette pécuniaire !).

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