Dans un livre de Jean-Claude Frère, de 1974, consacré au Nazisme et aux sociétés secrètes, on peut lire :

Nombreux ont été les observateurs et bientôt les analystes à se poser la question : « Hitler est-il fou ? » Tous, en effet, ont été surpris de le voir rester des heures, voire des journées entières, dans un état d’hébétude proche de la prostration. Il se traînait alors de son lit à un fauteuil situé derrière son bureau. Toute conversation l’ennuyait, il fuyait les problèmes politiques, sociaux et militaires. Si quelqu’un lui apportait une importante nouvelle à laquelle il convenait de répondre dans l’instant, il s’en détournait et, souvent l’oubliait. Ce comportement a été la source de bien des actes ratés, de bien des décisions prises trop tard. Une telle incohérence cyclothymique surprend et choque chez un homme ayant atteint une telle puissance. Qui était-il enfin ? Un homme, une poupée, un « golem » qui attendait une impulsion mystérieuse pour se mettre en marche ?

Mais si on le voit comme privé de vie pendant de longues heures, Hitler n’en était pas moins capable, lorsque ses « forces » l’habitaient, de porter jusqu’au paroxysme l’enthousiasme de foules de plusieurs millions de personnes. Ses discours étaient alors des incantations magiques douées d’une puissance qui, aujourd’hui encore, défie l’analyse psychologique. Ceux qui ont eu l’occasion d’assister aux grandes fastes du nazisme, aux fêtes païennes de Nuremberg sont d’un avis unanimes : Hitler agissait sur les foules comme un magicien agit sur des disciples. […] Pourtant ce médium, qui, hors de ses moments de possession, semblait n’incarner que l’absence et donner d’évidents signes d’aliénation mentale, restait le maître de quatre-vingt-dix millions d’Allemands. Il était le Guide, la conscience incarnée de son peuple, le « médiateur » entre les dieux de la nouvelle religion qu’il fondait et la masse des fidèles qu’il réunissait sous sa férule dictatoriale. […]

Il est certain que le comportement du Führer laisse supposer une initiation ésotérique et une transmission magique. Si aucun document ne nous permet de l’affirmer, nous savons néanmoins qu’il donnait fréquemment l’impression d’être halluciné et manœuvré de l’extérieur. Du reste, il lui arriva d’avouer qu’il se sentait une « entité » bien plus qu’un être humain. […] Si derrière Hitler il y eut, ce que nous sommes tentés de croire, des « Supérieurs Inconnus » appartenant non à Thulé, mais aussi à d’autres groupements initiatiques occidentaux et orientaux, ils furent sans doute pendant un certain temps, d’une puissance telle que Hitler fut forcé de leur obéir. Mais brutalement le « Messie des Aryens », annonciateur du nouveau règne, détenteur de sa propre vérité et d’une force psychique exceptionnelle, échappa aux mains de ceux qui croyaient en avoir fait un passif « golem ». Un conflit entre Hitler et ses anciens maîtres se serait alors ensuivi. Ces derniers l’auraient aussitôt abandonné, le privant de toute ressource magique. Egaré, le médium aurait été livré à un destin de plus en plus tragique et, après n’avoir connu que de grands succès, toutes ses entreprises auraient été, aussi magiquement1, vouées à l’échec. [Nazisme et sociétés secrètes, p. 260-264]

Pour autant, quelle aurait été la mission de ce révolutionnaire manipulé ? Hitler aurait dû apporter « le renouvellement des valeurs », et la fondation d’une « religion païenne qui devait préparer la race du surhomme aryen » [Id., 265].

C’était là un des buts du Führer : détrôner la religion chrétienne, lentement, sans trop choquer l’opinion forgée par de longs siècles de morale christique2 ; ensuite pourrait venir le « Nouveau Règne », celui dont il était le Messie. Ce règne, (…) ne devrait sa radicale nouveauté que parce qu’il trouverait ses racines dans les plus antiques archétypes de la race germanique. Une image du dieu en chasse une autre : le Christ avait chassé Wotan, Hitler – le Wotan ressuscité – chassait le Christ : la boucle était bouclée. [Id., 265]

L’hypothèse est séduisante. Friedrich Nietzsche aurait été, au XIXème siècle, le Jean-Baptiste annonçant le retour de la brute blonde (même si ni Hitler, ni Himmler ne sont très blonds…), et pendant que Hegel glorifiait le grand homme/petit Faust Napoléon et les forces maçonniques qui l’avaient mis en place (et de qui il avait essayé de s’émanciper en vain), alors qu’il croyait être arrivé à la Fin de l’Histoire par l’accomplissement de l’œuvre, l’étape française (et derrière elle l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Sud) était déjà renvoyée dans les tréfonds de l’Histoire par les étapes jumelles du nazisme et du communisme et des golems Hitler et Lénine/Trotski. Et le tout pour que la Synagogue (ou, à sa marge les kabbalistes, ces derniers utilisant les premiers) mette à terre le Christianisme3 Cela s’insère aussi dans la narration de Pierre Hillard, expliquant comment peu à peu la Synagogue cherche à détruire le Christianisme pour imposer à sa place le noachisme, cette religion fourre-tout qui doit être celle des goyim, pendant qu’eux, peuple-prêtre en contact direct avec leur dieu tribal, se gardent la vraie religion, avec pour foyer Jérusalem, dernier stade de l’Histoire jusqu’à l’arrivée du Messie et la réparation du monde…

Bibliographie

FRERE Jean-Claude Frère, [1974] Nazisme et sociétés secrètes, Paris, Culture, Arts, Loisirs, 1974, 285 p.
  1. C’est ici qu’il est plus difficile de suivre J. C. Frère. Le golem a tout simplement pu être lâché par ses sponsors et financeurs aux Etats-Unis d’Amérique et en Angleterre, et ses pertes et échecs seraient visibles sur le plan politique et militaire, notamment par son encerclement sur deux fronts et le rôle des pays anglo-saxons contre lui, sans avoir à chercher dans l’ordre des phénomènes surnaturels.
  2. Contrairement à la révolution organisée en France, qui a voulu aller beaucoup trop vite. Cf. Les réflexions sur la révolution de France, d’Edmund Burke
  3. Que je sépare de la pensée de Jésus dont Rome n’est qu’une perversion.

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