
Jouant à Candide au pays des complotistes, Emmanuelle Anizon a écrit un livre assez inutile. En effet, ce n’est ni une réfutation des thèses de Natacha Rey, de Xavier Poussard ou des « Brigittologues » anonymes ni une véritable immersion dans le monde des « défiants » en vue d’en produire une analyse sociologique.
Sur le fond de l’affaire, le lecteur ingénu en ressortira troublé car hormis ricaner ou écarquiller les yeux, la journaliste ne va jamais à l’encontre des enquêtes. Elle découvre des éléments paraissant évidents à tout défiant débutant, elle partage des doutes et avalise même le fait que les vies des personnes impliquées étant si obscures et si verrouillées, les biographes officielles n’ont pu produire que des légendes ou des contes. Avec un ton assez maternelle, elle accompagne surtout Natacha Rey, le maillon faible de l’histoire, dont elle veut détacher à la fois la gentillesse et la bêtise. Xavier Poussard l’intéresse moins, qui a du métier et de la cohérence, même si elle s’étonne de ce qu’il lui raconte. Elle tend donc à prouver que les défiants sont des gens divers, souvent diplômés, rationnels (parfois trop), bienveillants, sans histoire, qui partagent une même vision du monde alternative. Son « toujours cette violence » de la dernière page, est même totalement fallacieux, puisqu’elle ne croise que des gens gentils et doux, lors de son périple chez les Indiens-fous d’Occident. En gros, on la sent comme une journaliste de Marie-Claire qui doit rassurer ses lectrices, leur montrant que les défiants sont des gens communs mais qu’il ne faut pas leur ressembler.
Si on ne lui demandait pas de démystifier les thèses de Rey ou Poussard – elle se lance bien dans l’enquête mais en dilettante et sans réussir à faire mieux que son collègue Poussard – Anizon aurait au moins pu essayer de produire une sociologie de ces gens, si communs, si nombreux, qui deviennent des rhinocéros en ces temps de doutes. Son distinguo entre « défiants » et « complotistes » est même plutôt juste et bienveillant, même si la frontière ne reste pas très nette. Un « défiant » ne croit plus en rien, un complotiste a commencé à reconstruire le réel selon une grille d’analyse souvent mono-factorielle où il voit des Catholiques, des Juifs, des Russes, des Franc-maçons, des Illuminatis dans toutes les coulisses du monde. Le défiant peut donc être regardé avec attendrissement et on peut même lui donner un peu raison ; le complotiste est déjà trop rationnel à chercher des raisons cachées à tout en niant le hasard ou les ordres spontanés ; c’est de lui qu’il faut se méfier. Le premier il faudra juste l’écouter et le soigner…
Donc dans ses recherches ingénues, Anizon se rend bien compte qu’il y a une culture commune à tous ces « défiants », non seulement en France (ils sont tous un peu pro-Russes , ils s’intéressent tous aux réseaux pédophiles d’antiélite, ils voient du satanisme et des rites que les gens ne voient pas) qu’au niveau international, notamment dans la fait qu’on ait déjà fait de Michelle Obama un homme et de Barack un homosexuel, comme pour Begoña Sanchez (Gómez). Au lieu d’essayer d’analyser le fait, de faire un travail sérieux elle demande quelques éclaircissements à Tristan Mendes-France, qui lui répond deux, trois généralités torchées en deux phrases, pour mieux continuer sa petite balade en terre inconnue.
Si c’était fait pour dire à la lectrice de magazine féminin qu’il ne fallait pas croire ce ragot, ça peut passer ; si c’était pour traiter du sujet de l’affaire madame ou du défiantisme, ça passe à côté.
Question formelle, le livre est écrit simplement mais sans faute, j’ai simplement repéré un manque de relecture p. 48-49, où la note et le texte sont identiques.