Maggy Biskupski, 36 ans, était originaire de Haybes (Nord Ardennes), employée à la Brigade Anti-Criminalité (BAC) des Yvelines et a été retrouvée, le corps inanimé, dans son domicile de Carrière-sous-Poissy, le 12 novembre 2018.

Avant cela elle était surtout présidente et porte-parole de l’association des policiers en colère, une gêneuse, donc, une lanceuse d’alertes professionnelles et sociales, visée par une procédure de la police des polices pour « manquements » à son devoir de réserve, pour avoir dénoncé la « haine antiflics », ainsi que deux autres collègues.

La voilà donc retrouvée morte par balle, celle-ci provenant de son arme de service. Une lettre a été retrouvée sur place,1 mais on ne sait pas (encore) ce qu’elle disait précisément.

Suicide annoncé, une enquête déjà faite ?

L’article du Monde

Vu d’une part que le mobile d’un possible meurtre est facilement envisageable, tout comme le commanditaire de celui-ci, et d’autre part le caractère de la défunte dont des habitants de la vallée ardennaise disent d’elle qu’« elle n’avait peur de rien, [que c’]était quelqu’un de conviction[, et qu’e]lle avait une ligne de conduite »2 et alors qu’elle était en pleine action avec derrière elles de nombreux collègues, l’hypothèse du suicide n’est-elle pas la moins plausible, spontanément ?

Pourtant L’Ardennais, s’il titre bien que Maggy Biskupski a été « rétrouvée (sic !) morte », le chapeau va plus loin puisque, d’après la journaliste, « a utilisé son arme de service pour se donner la mort. » Circulez, c’est un suicide.

De même sur Le Monde, qui titre « Maggy Biskupski, la présidente de l’association des policiers en colère, s’est suicidée ».

Plus drôle encore, le titre de France Pouvoir Info« Suicide de la présidente des « policiers en colère » : une enquête ouverte par le parquet de Versailles sur les causes de sa mort ». L’enquête va être rapide dans ces cas-là puisque sa conclusion est donnée dès le premier du titre… Et la personne anonyme dans la rédaction de la Pravda de rajouter un élément supplémentaire par rapport aux deux journaux précédents : « Une seconde enquête a été ouverte par le même parquet contre X pour « abus de confiance ». Dans plusieurs courriers envoyés à ses c ollègues policiers, cette membre de la BAC de nuit des Yvelines évoquait des problèmes au sein de son association. » Ce serait donc la faute des collègues et de son association. Et elle n’aurait pas eu la force de dénoncer tout ceci, le 17 novembre, par exemple, grand jour de colère ds Français contre leur pouvoir pourri ?

Le Parisien semble aussi avoir clos le dossier en annonçant que « Maggy Biskupski, la présidente des Policiers en colère s’est suicidée » et nous insérant presque déjà le téléfilm dans la tête : « un de ses collègues qui s’inquiétait de ne pas avoir de ses nouvelles qui a prévenu les secours[, mais] la jeune femme, qui s’était tiré une balle dans la tête, a rapidement succombé à ses blessures. ». On pourrait appeler ça, disons dans 6 mois pour respecter de délai de pudeur de l’époque, appeler ça le trop plein de colère, avec Muriel Robin dans le rôle de Maggy Biskupski. Ou Audrey Fleurot, un peu dénudée qui nous montrerait aussi en même temps les dessous cachés de la police ? (J’arrête de leur donner des idées, il y a bien des malsains qui seraient tentés par ce nouvel épisode de mensonges par l’image.)

L’Express est plus mesuré qui titre que « La « policière en colère » Maggy Biskupski retrouvée morte », et rajoute, par rapport aux autres, que d’après Europe 1, la policière aurait envoyé un message à ses collègues lundi soir dans lequel elle aurait fait part de son intention de passer à l’acte, sans exposer ses motivations. » Un message numérique ? Je peux le réécrire… L’article continue : « BFMTV révèle qu’elle aurait également écrit des textos à ses parents et au vice-président de l’association qu’elle dirigeait, dans lesquels il serait question de conflit entre les policiers en colère, et de problèmes avec le mouvement. » Oui, bon, qui n’envoie pas de textos le soir sur ses collègues ? Combien se suicide pour autant ?

Voilà tout ce qu’on en sait, et j’ai moi-même fait du journalisme moderne, c’est-à-dire consulté des sites Internet des journaux et mis des guillemets pour les citer. Sans montrer le tweet du ministre de la justice qui doit déjà attendre un jour de deuil avant de récupérer cette mort et lui faire dire ce qu’il veut… La question qui se pose pour nous : présenter le cas de telle sorte n’est-ce pas l’avoir déjà jugé même si ensuite tout le système judiciaire et médiatique fera semblant de faire une vraie enquête ? Peut-on parler d’un mensonge par suggestion qui serait une sorte d’inverse du mensonge par omission. Un jugement hâtif répété cent fois peut-il devenir une vérité. Est-ce comme ça qu’on écrit l’Histoire : une source ou deux donnent le tempo et les autres répètent jusqu’à ce que tout le monde passe à autre chose. Et le Pouvoir oubliera vite cette gêneuse sans peur…

Photo d’entête : “Mª del Mar mirando un paisaje” par Ramón Cutanda López.

Notes

 

  1. Le gendarme Christian Jambert et le juge Lambert eux aussi avaient laissé des lettres.
  2. Rachel Debrincat, « Porte-parole des policiers en colère, la Hayboise Maggy Biskupsi, rétrouvée morte », L’Ardennais, le 13/11/2018 à 08h41

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *